Textes

Extraits d’un texte d’Eurydice Trichon-Milsani (invitation au vernissage de l’exposition à la Maison de la Grèce – mai 2003)

Pierre Papaloïzos : un esthète du métal

Papaloïzos ne dessinait pas préalablement ses sculptures. Il était habité par une vision intérieure à partir de laquelle il choisissait son matériau, un matériau solide qu’il a su transcender. Ses œuvres, bien que légères, n’expriment pas un monde « volatile » et enjoué. Un souffle, une force stable et concentrée les déterminent. Dans la lignée de Gonzalez, Papaloïzos privilégie le petit format qu’il enrichit d’une monumentalité qui ne sacrifie jamais à l’effet facile. 

La sensibilité musicale semble être importante et dirige de manière juste les effets vibratoires de chaque pièce sculptée. Les rythmes percutent dans l’espace, les accords sont parfaits.

Les premières soudures abstraites des années 60, venues après les sculptures modelées, sont plutôt fermées et à tendance géométrique. L’introduction d’éléments mécaniques, de boulons, de tuyaux, etc. va les faire exploser. Ouvertes et éclatées, ces sculptures truffées de pièces rapportées, vont devenir dansantes et ludiques avec une mobilité élégante et inattendue. Le fer couvert de vernis noir rend leurs silhouettes extrêmement graphiques, d’un graphisme très affirmé constellant l’espace. Dans les années 70, les éléments hétéroclites de jadis vont être éliminés en faveur d’une plus grande unité. Papaloïzos découvre les possibilités de l’acier inoxydable. Sa couleur claire, sa douce brillance dotent les sculptures d’un éclat discret, les courbes se multiplient ainsi que des lignes en zigzag rappelant le végétal. Dirigeant un atelier de poterie, il travaille la terre glaise. De nouvelles œuvres conjuguant ces deux matériaux voient le jour. Les contrastes de couleur et de texture prêtent aux œuvres une allure plus baroque.

Vingt-neuf ans après sa mort, les œuvres de Papaloïzos sont jeunes, nerveuses, palpitantes, de vrais témoins d’une modernité qui ne finit pas de solliciter ses droits d’exister.

Fidèle au fer et à l’acier, il est resté très près du mythe du sculpteur sorti de l’atelier de Vulcain.

Bien que Grec, il n’a pas sacrifié à l’anthropomorphisme. Il s’est éclipsé juste au moment où l’espace de la sculpture a été envahie de toute sortes d’installations encombrantes. Aujourd’hui ses sculptures sont de véritables pièces classiques.